Solène

Jansem

design produit - céramiques - images argentiques

Images

Ma Lorraine

" Être Lorrain" (SIC)

 

Photographie argentique, Petite-Rosselle, Sarreguemines, Metz

2015-2018

 

C’est quoi «être Lorrain ?»

C’est manger de la quiche.

C’est aimer l’Alsace, tout en adorant la détester.

C’est aller faire ses courses en Allemagne ou en Belgique, parce que c’est moins cher.

C’est trouver les pays voisins plus cool que le nôtre, mais sans aller y vivre.

C’est utiliser des mots et des expressions que personne d’autre ne comprend, sans le savoir.

C’est faire au moins deux germanismes par phrase, sans le savoir.

C’est skier dans les Vosges et se baigner à la Madine.

C’est aller au Centre Pompidou-Metz, sans rien comprendre à l’art contemporain, mais puisqu’il est là...

C’est faire les soldes avant tout le monde.

C’est manger des Knödel, des Lioner et des Kichles.

C’est posséder un plat à Bäckeofe, ainsi qu’un Schwenk et une Spritzmachine.

C’est fêter Noël du 30 octobre au 31 janvier.

C’est rêver d’avoir un travail en Suisse ou au Luxembourg.

C’est boire une mirabelle, et être saoul au premier Schlouck.

C’est clencher la porte parce que ça tire, et faire des flots sur les paquets cadeaux.

 

C’est manger entre midi une Schneck aux raisins.

C’est avoir, pour certains, des cours de religion à l’école publique, des jours fériés supplémentaires, et des prêtres fonctionnaires.

C’est avoir déjà connu le mal du pays.

C’est vivre dans une ancienne cité industrielle, quelle que soit l’industrie en question.

C’est avoir un voisin qui s’appelle Schmitt, Becker ou Müller.

C’est faire 30 kilomètres de voiture pour acheter un livre, ou aller au cinéma, alors que dans ton village, il y avait deux cinémas, «à l’époque».

C’est avoir des grands-parents qui ont connu la guerre de très près, et qui parlent un mélange de langues parfois surprenant, doublé d’un accent à couper au couteau.

C’est suivre chaque année l’élection de la reine de la mirabelle.

C’est avoir un musée de la céramique, du verre, du cristal ou de la mine.

C’est vivre près de hauts fourneaux, de chevalements ou de manufactures de renom, qui ont fermé, ou vont sûrement fermer, bientôt, car en Lorraine tout ferme.

C’est dire qu’il y a un peu de neige, quand on avoisine les 20 cm de poudreuse.

C’est dire qu’il fait chaud dès qu’on approche les 20 degrés.

C’est avoir au moins un ancêtre mineur, ou verrier, ou métallo.

 

C’est se moquer des querelles entre Metz et Nancy, tout en faisant bloc face à Strasbourg.

C’est habiter à moins de deux heures de Paris en TGV tout en haïssant viscéralement la morne vitesse de la capitale.

C’est avoir une voiture, avec des roues neige, parce que les transports en commun sont plutôt rares, surtout quand il y a de la neige.

C’est habiter près d’une ville qui finit en -ange, -bach, -ouse, ou en -ing.

C’est fêter la Sainte-Barbe, et plus encore, la Saint-Nicolas.

C’est râler, car on est dans un village paumé, tout en râlant, car les grandes villes sont trop bruyantes.

C’est connaître des personnalités du village, et les croiser à chaque fête.

C’est avoir des anciens intarissables sur les histoires qui commencent par «à l’époque».

C’est faire son shopping à Talange ou à Zweibrücken.

C’est être allé, au moins une fois dans sa vie, au Luxembourg.

C’est connaître des chômeurs, beaucoup de chômeurs, ou des retraités des mines.

C’est avoir des parents qui ont commencé à travailler à 14 ans, pour partir à la retraite à 45.

C’est donc connaître des gens qui passent une quarantaine d’années à la retraite.

 

C’est avoir croisé tes voisins dans des voyages du comité d’entreprise.

C’est aimer les clichés.

C’est croiser chaque jour les vestiges d’années merveilleuses que l’on n’a bien souvent pas connues.

C’est se demander de quoi vivra la région demain, puis aller boire une mirabelle, pour oublier.

 

Être Lorrain, c’est avoir une culture qui, comme toutes les cultures, s’apparente à d’autres sans jamais leur ressembler.

Être Lorrain, c’est surtout être héritier. Héritier de l’histoire, de l’industrialisation à la fin des 30 glorieuses. Des années fastes aux restrictions de la guerre.

Être Lorrain, c’est se souvenir du passé, pour savourer le présent, et ne surtout pas penser au futur.

 

A propos

Copyright Solène Jansem - 2013-2020 tous droits réservés